Le burn-out n'arrive généralement pas un lundi matin, sans prévenir, après une semaine un peu trop chargée.
L'épuisement professionnel peut s'installer beaucoup plus progressivement, parfois pendant des semaines ou des mois, avec des changements que l'on remarque à peine au début… ou que l'on remarque très bien, mais auxquels on trouve toujours une bonne explication.
« C'est une grosse période », « après ce dossier ça ira mieux », « j'ai juste besoin de vacances », « en ce moment je dors mal », « tout le monde est crevé de toute façon »… et hop, on continue.
Et soyons clairs : être fatigué, stressé ou avoir passé une mauvaise semaine ne signifie évidemment pas que l'on est en train de faire un burn-out. Heureusement ! Ces signes peuvent avoir énormément d'explications différentes et seul un professionnel de santé peut réellement évaluer une situation individuelle.
Mais quand plusieurs petites alertes commencent à s'installer, à durer, à se cumuler ou à prendre de plus en plus de place dans le quotidien, peut-être que ça mérite quand même qu'on les écoute… plutôt que d'attendre que ça passe tout seul.
1️⃣ Cette fatigue qui commence à devenir votre état « normal »
On connaît tous la fatigue après une grosse semaine, une mauvaise nuit ou une période particulièrement intense. Ce qui peut davantage interpeller, c'est lorsque le repos ne semble plus vraiment remplir son rôle et que l'on se réveille déjà fatigué, même après avoir dormi.
On attend le week-end pour récupérer, puis les vacances… mais quelques jours après la reprise, la sensation revient déjà. Et petit à petit, on finit presque par oublier ce que ça faisait de se sentir vraiment reposé.
Ce n'est pas forcément spectaculaire, justement. C'est parfois simplement cette impression de fonctionner en permanence avec une batterie à 30 %.
2️⃣ Votre cerveau semble avoir décidé de faire les choses au ralenti
Un mail que l'on doit relire trois fois avant de comprendre ce qu'il raconte, un rendez vous que l'on oublie alors qu'on ne l'aurait jamais oublié auparavant, une difficulté à organiser des tâches pourtant très simples… quand la charge devient trop importante, la concentration peut aussi commencer à être plus compliquée.
Et évidemment, ça peut être particulièrement déroutant lorsque l'on a toujours été quelqu'un de très organisé ou de très efficace, parce qu'on ne se reconnaît plus vraiment.
On peut alors essayer de compenser en travaillant davantage, en vérifiant tout deux fois ou en restant plus tard pour terminer ce que l'on faisait auparavant beaucoup plus rapidement… ce qui n'aide pas franchement à récupérer.
3️⃣ Tout commence à vous agacer… même ce qui, avant, ne vous faisait ni chaud ni froid
Le collègue qui pose une question, le téléphone qui sonne, un changement de planning, quelqu'un qui parle un peu trop fort à côté de vous… parfois, l'irritabilité est l'un des premiers changements que l'on remarque.
Pas forcément parce que tout le monde est soudainement devenu insupportable (même si bon… certaines journées peuvent laisser planer le doute 😅), mais parce que lorsque nos ressources diminuent, notre capacité à absorber les petits imprévus et les sollicitations du quotidien peut diminuer elle aussi.
Et quand on commence à se dire régulièrement « mais pourquoi je réagis comme ça alors que normalement ça ne m'aurait même pas dérangé ? », ça peut être intéressant de ne pas balayer la question trop vite.
4️⃣ Vous faites toujours votre travail… mais quelque chose s'est éteint
Vous êtes là, les dossiers avancent, les mails sont envoyés, les réunions sont faites et, vu de l'extérieur, tout fonctionne plutôt normalement. Sauf qu'à l'intérieur, l'enthousiasme n'est plus vraiment au rendez vous.
Ce qui vous intéressait auparavant vous laisse assez indifférent, vous avez moins envie de proposer des choses, moins d'élan pour démarrer un nouveau projet et parfois simplement cette sensation de faire ce qu'il faut faire… parce qu'il faut le faire.
Encore une fois, avoir une baisse de motivation ponctuelle est parfaitement normal. Personne ne se réveille passionné par son travail 365 jours par an. C'est plutôt lorsque ce désengagement s'installe et commence à devenir la norme qu'il mérite peut-être un peu plus d'attention.
5️⃣ Même lorsque la journée est terminée… elle continue dans votre tête
L'ordinateur est fermé mais, mentalement, vous êtes toujours au bureau. Vous repensez à cette réunion, à ce mail auquel vous n'avez pas répondu, à ce que vous devrez absolument faire demain matin… et parfois même à une conversation qui n'a pourtant rien d'urgent.
Bref, le travail est terminé sur le papier, mais votre cerveau, lui, n'a visiblement pas reçu l'information.
Cette impression d'être constamment sous tension peut être particulièrement fatigante parce qu'elle grignote justement les moments qui devraient permettre de récupérer. On ne travaille pas forcément davantage en nombre d'heures, mais mentalement, on ne quitte presque jamais complètement le travail.
6️⃣ Le sommeil commence lui aussi à faire n'importe quoi
On est épuisé toute la journée et puis, évidemment, au moment de se coucher… impossible de dormir. Ou alors on s'endort facilement mais on se réveille au milieu de la nuit avec le cerveau qui repart immédiatement sur la liste des choses à faire.
Il peut aussi y avoir cette impression d'avoir dormi huit heures mais de se réveiller sans avoir réellement récupéré.
Les troubles du sommeil peuvent avoir de très nombreuses causes, bien au delà du travail, mais lorsqu'ils apparaissent ou s'aggravent dans une période de stress professionnel important, ils méritent évidemment d'être pris en compte.
7️⃣ Vous ne savez plus vraiment décrocher
Juste un petit coup d'œil aux mails le soir… histoire de savoir. Une notification Teams ou Slack pendant le week-end… bon, autant regarder. Une idée qui arrive pendant le dîner… autant la noter immédiatement.
Et sans vraiment s'en rendre compte, les frontières commencent à devenir de plus en plus floues.
Le problème n'est pas nécessairement de consulter exceptionnellement un mail à 20 heures. C'est plutôt lorsque l'on ressent qu'on doit savoir ce qui se passe, que ne pas regarder devient presque inconfortable ou que notre tête reste constamment branchée sur le travail, même pendant les moments qui devraient normalement lui permettre de souffler.
8️⃣ Tout ce qui vous faisait du bien commence à passer après
Le sport ? Pas le temps cette semaine. Le dîner avec les copains ? On verra, parce que vous êtes rincé. Lire, cuisiner, marcher, aller au cinéma ou simplement ne rien faire pendant une heure ? Ça attendra.
Évidemment, ça arrive à tout le monde pendant une période chargée. Mais lorsque les activités qui nous permettent normalement de récupérer disparaissent progressivement du quotidien, il peut se créer un drôle de cercle : plus on est fatigué, moins on fait ce qui nous fait du bien… et moins on fait ce qui nous fait du bien, moins on récupère.
Et parfois, on ne s'en rend compte que lorsqu'on réalise que le travail a fini par prendre presque toute la place.
9️⃣ Et puis parfois… le corps commence lui aussi à se manifester
Tensions musculaires, maux de tête, troubles digestifs, douleurs, palpitations ou autres sensations physiques peuvent apparaître ou s'accentuer pendant des périodes de stress prolongé. Mais là, prudence importante : un symptôme physique ne doit jamais être automatiquement attribué au stress ou au travail.
Parce que oui, le stress peut avoir des manifestations physiques, mais ces symptômes peuvent aussi avoir de nombreuses autres causes médicales qui nécessitent d'être recherchées.
L'idée n'est donc surtout pas de se dire « c'est psychosomatique, ça va passer », mais plutôt de prendre au sérieux un corps qui commence à se manifester différemment et, si nécessaire, d'en parler à un professionnel de santé.
🔟 Vous avez parfois l'impression de vivre vos journées en mode automatique
Vous vous levez, vous travaillez, vous gérez les urgences, vous répondez aux messages, vous faites ce qu'il faut faire, vous rentrez… et le lendemain, on recommence.
Tout est fait. Tout tient encore.
Mais vous avez de plus en plus l'impression d'être spectateur de vos propres journées, avec peu de plaisir, peu d'enthousiasme et surtout très peu d'espace mental disponible pour autre chose.
Et c'est peut-être justement l'un des pièges de l'épuisement : pendant longtemps, on peut continuer à fonctionner. On avance, on assure, on donne même parfois parfaitement le change… alors qu'intérieurement, ça devient de plus en plus compliqué.
💛 Non, cocher trois cases dans cet article ne signifie pas que vous faites un burn-out
C'est important de le redire, parce que ce genre de liste peut vite devenir anxiogène : ces dix signes ne constituent absolument pas un diagnostic et ils peuvent apparaître dans énormément d'autres situations, professionnelles ou personnelles.
Ce qui peut être intéressant en revanche, c'est d'observer leur durée, leur intensité, leur accumulation et surtout les changements par rapport à votre fonctionnement habituel.
Parce que parfois, avant même de chercher à mettre un mot sur ce que l'on vit, une question toute simple mérite déjà d'être posée : « Bon… comment je vais, vraiment, en ce moment ? »
Et si la réponse commence à devenir préoccupante, si la souffrance est importante, si les symptômes persistent ou s'aggravent, ce n'est évidemment plus un article Internet qui doit apporter la réponse : il est important d'en parler à un médecin ou à un autre professionnel de santé adapté à la situation.
🌿 Prévenir, ce n'est pas apprendre à encaisser toujours plus
C'est peut-être aussi là qu'il y a quelque chose à changer dans notre manière de parler de prévention au travail.
Prendre soin de sa santé mentale ne consiste pas uniquement à apprendre à mieux respirer, à mieux organiser son agenda ou à réussir à supporter une charge toujours plus importante avec le sourire. Parfois, toutes ces choses peuvent aider… mais parfois, le sujet est ailleurs.
Il peut être nécessaire de regarder ce qui, dans notre environnement professionnel, nous met continuellement sous tension : une charge devenue trop importante, un manque d'autonomie, des limites qui n'existent plus vraiment, une organisation qui ne nous correspond pas, des conflits, une perte de sens ou simplement un rythme qui n'est plus tenable.
Et c'est justement tout l'intérêt de la prévention : ne pas attendre que tout s'écroule pour commencer à regarder ce qui ne va plus.
Parce qu'on peut faire le point avant d'être au bout du rouleau. On peut demander de l'aide avant de ne plus pouvoir travailler. On peut remettre certaines choses en question alors que, extérieurement, « tout va encore à peu près bien ».
Finalement, écouter les premiers signaux n'est pas une manière de dramatiser chaque période de fatigue… c'est peut-être simplement arrêter de considérer l'épuisement comme le seul moment légitime pour commencer à prendre soin de soi.
À propos d'Aurélia Folliot
Aurélia Folliot intervient autour des questions de prévention, de santé mentale et plus globalement de bien-être dans la vie professionnelle. Elle accompagne notamment les personnes qui souhaitent mieux comprendre leur fonctionnement, identifier leurs ressources, prendre du recul sur leur situation ou commencer à agir avant qu'un mal-être ne s'installe durablement.
Son approche est avant tout préventive et peut notamment s'appuyer sur la connaissance de soi, les neurosciences et la réflexion autour du parcours professionnel. Elle ne se substitue évidemment pas à un suivi médical ou psychologique lorsqu'une situation le nécessite.
Aurélia propose également des bilans de compétences éligibles au CPF.
Aurélia Folliot, Oui Smile Work Prévention & santé mentale et globale Bilans de compétences • Neurosciences • Prévention en entreprise




