Lord Esperanza : se mettre à nu, apprendre à voler
Un épisode sur les masques qu’on enlève, les vies qu’on n’a pas vécues, et l’art de faire confiance au chemin.
🎙️ Nouvel épisode disponible !
Dans cet épisode, j’ai eu le privilège d’accueillir Théodore Desprez — que vous connaissez sous le nom de Lord Esperanza. Rappeur, chanteur, parolier depuis plus de dix ans, et depuis avril 2026, romancier aux Éditions Julliard avec Big Bang, mon amour. Mais dans notre conversation, on ne parle pas de carrière. On parle de la vie — la sienne, et un peu de la nôtre.
Ce qui m’a frappée dès les premières minutes, c’est cette capacité rare qu’il a de se raconter sans artifice. Pas de posture, pas de communication rodée. Juste Théodore, avec ses tourments, ses convictions, ses parts d’ombre et cette lumière qu’il essaie, chaque jour, de cultiver.
🌱 L’enfant qui écrivait pour survivre
Théodore grandit dans une famille où la culture est omniprésente — ses deux parents ont écrit des livres, il apprend le piano, découvre l’opéra, voyage. Une enfance riche, et pourtant douloureuse, traversée par une dimension familiale dysfonctionnelle qu’il évoque avec une sincérité désarmante. C’est dans ce contexte que l’écriture s’impose à lui très tôt — non pas comme un choix, mais comme un remède sublimatoire, quelque chose de transformatif pour saisir les tourments et en faire quelque chose de joli.
Il nous parle de cette image qu’il a du jeu de cartes — cette conviction que chacun arrive sur cette terre avec le sien, et que la vraie chance, c’est de trouver sa carte assez tôt. La sienne, c’est les mots. Et cette découverte, aussi précieuse qu’elle soit, n’a pas effacé les aspérités du chemin — elle les a juste rendues un peu plus traversables.
🎭 Les masques qu’on porte — et ceux qu’on enlève
On parle dans cet épisode de cette dualité qui le définit depuis ses débuts : Lord d’un côté — la particule un peu arrogante, l’armure du rap — et Esperanza de l’autre — le romantique, le poète, celui qui essaie de décrire le monde tel qu’il le voit. Il nous confie qu’il pense bientôt supprimer la particule. Que ce chemin vers plus de simplicité, vers moins de masque, est un travail de chaque instant. Son psy lui a parlé des “orios” — ces couches qu’on accumule inconsciemment pour se protéger — et lui, il essaie de les enlever une par une, pour arriver au noyau le plus pur et le plus juste.
Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est quand il évoque la raison pour laquelle il a signé son roman sous son nom civil, Théodore Desprez, et non Lord Esperanza : “Vu que c’était une mise à nu et que c’était ma première rentrée dans le monde littéraire, ça s’est imposé à moi de le signer sans artifice.” Une phrase simple, et pourtant tellement révélatrice de tout ce qu’il est en train de traverser.
📖 Big Bang, mon amour — accoucher de ce qui est trop lourd
Dans cet épisode, on plonge dans les coulisses de son premier roman — une autofiction traversée par des fantômes bien réels. Il y a l’oncle Benoît, frère de sa mère dans la vraie vie, qui a déclenché un trouble mental avec le cannabis à 18 ans et est devenu schizophrène — une histoire que Théodore portait depuis longtemps, et qu’il avait besoin de réparer en la racontant. Il y a Mamo, la grand-mère de 97 ans qui chante et danse encore, et dont la présence lumineuse traverse tout le roman. Il y a l’industrie musicale, avec son rouleau compresseur sur les artistes et ce qu’il appelle le “God Syndrome” ces hommes qui vous promettent de faire de vous une star, et qui finalement ne font que vous rappeler que ce sont les gens qui choisissent, toujours.
Écrire ce livre, nous dit-il, c’était aussi répondre à cette urgence que décrit Rilke dans Lettres à un jeune poète écrire seulement si c’est presque une question de vie ou de mort, aller vraiment au fond de ses entrailles, regarder ses parts d’ombre en face pour pouvoir sortir une œuvre qui raisonnera chez l’autre.
🤝 Ce que les autres nous apprennent et ce que la solitude nous révèle
On évoque dans cet épisode ce paradoxe qui le définit : lui qui dit que la solitude le terrifie, et qui pourtant a passé un hiver entier seul derrière son cahier pour écrire ce roman. Loin de l’énergie collective des albums, des studios, des concerts cette aventure solitaire qu’est la littérature lui a appris quelque chose d’essentiel sur lui-même, et sur ce qu’il est capable de traverser quand il n’a plus personne pour le porter.
On parle aussi de ce qu’il a vécu en animant des cours d’écriture rap en prison ces liens presque sacrés qui se créent entre des gens que tout oppose, simplement parce qu’ils partagent quelque chose d’invisible. Et de cette phrase qu’il porte comme une conviction profonde : écouter l’histoire de l’autre, c’est toujours, d’une manière ou d’une autre, se regarder soi.
💔 Le deuil, l’instant, la gratitude
Il y a un moment dans notre conversation où Théodore nous parle de son meilleur ami, parti subitement en juillet 2024, à 31 ans. Un moment suspendu, bouleversant, qui dit tout de ce que cette perte-là a changé dans son rapport à l’instant, à la gratitude, et à l’urgence de faire ce qui a vraiment du sens. C’est dans ces moments-là qu’on comprend d’où vient “Apprends-moi à voler” pas comme un titre d’album, mais comme une demande adressée au monde, aux gens qui l’écoutent, et à une version plus apaisée de lui-même qui viendrait lui dire que ça va le faire.
🕊️ Ce qu’il nous laisse
À la fin de cet épisode, quand je lui demande ce qu’il dirait à quelqu’un qui nous écoute et qui doute, il répond avec une clarté qui m’a arrêtée : “La vie est trop courte pour ne pas dire aux gens qu’on les aime, ne pas dire pardon, ne pas dire merci — et surtout ne pas faire ce qu’on a profondément envie de faire.”
Un épisode rare, sincère, profond. Comme Théodore.
🎧 Bonne écoute — et soyez tendres avec vous-mêmes. 🤍
👉 J’écoute l’épisode complet ici
📖 Big Bang, mon amour — Théodore Desprez — Éditions Julliard — disponible partout
🎵 EP Apprends-moi à voler — sur toutes les plateformes de streaming
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