On a appris à gérer notre temps comme si toute notre efficacité dépendait de notre capacité à organiser correctement les 24 heures qui composent une journée.
Alors on remplit des agendas, on fait des to do lists, on bloque des créneaux, on programme des rappels, on déplace ce qu'on n'a pas eu le temps de faire au lendemain… et on essaie, tant bien que mal, de faire rentrer l'ensemble de nos vies dans des petites cases de calendrier.
Sauf qu'il y a quelque chose que notre agenda prend assez peu en compte : l'état dans lequel nous sommes au moment de faire tout ça.
Parce qu'une heure reste évidemment une heure sur une montre, mais elle ne ressemble pas du tout à la même chose selon qu'on la commence reposé, concentré et disponible… ou après une nuit compliquée, trois réunions, vingt sept notifications et une matinée passée à courir après tout ce qu'on avait prévu de faire.
Et finalement, on peut avoir extrêmement bien géré son temps… tout en ayant complètement oublié de regarder son niveau d'énergie.
⚡️ Être très occupé ne veut pas forcément dire être très efficace
C'est peut-être l'un des grands pièges de notre rapport au travail : nous avons facilement tendance à associer une journée bien remplie à une journée réussie.
On enchaîne les rendez-vous, on répond aux mails entre deux réunions, on mange rapidement devant son ordinateur parce qu'on a « juste un truc à terminer », on coche quinze lignes de notre to do list… et on termine la journée avec cette impression étrange d'avoir énormément fait sans forcément savoir ce qu'on a réellement accompli.
Parce que notre capacité d'attention n'est pas infinie et que notre cerveau ne fonctionne pas avec exactement la même efficacité pendant huit heures consécutives.
Il y a des moments où une tâche complexe nous semble presque facile et d'autres où répondre correctement à un mail de six lignes nous demande un effort considérable. Et pourtant, on continue souvent à organiser nos journées uniquement en fonction des créneaux disponibles, comme si notre niveau de concentration, lui, devait rester parfaitement stable du matin au soir.
Spoiler… ce n'est pas vraiment comme ça que ça marche.
🌿 Notre énergie ne dépend évidemment pas uniquement de notre agenda
Ce serait assez pratique de pouvoir déplacer notre énergie dans Google Agenda entre 14h et 16h… malheureusement, elle est influencée par beaucoup plus de choses que notre planning.
La qualité du sommeil joue évidemment un rôle, tout comme l'alimentation, l'activité physique, le temps que l'on passe assis, le stress ou encore notre capacité à réellement récupérer.
Mais notre environnement compte aussi énormément : les interruptions permanentes, le bruit, les relations professionnelles, la charge mentale, la quantité de décisions que l'on doit prendre dans une journée ou tout simplement la sensation d'être sollicité en permanence.
Et puis il y a quelque chose d'un peu moins facile à mesurer : ce que ce que nous faisons nous procure comme énergie.
On connaît tous ces journées pourtant bien remplies après lesquelles on rentre fatigué… mais avec une fatigue plutôt agréable, parce qu'on a appris quelque chose, rencontré des gens intéressants, avancé sur un projet qui nous tient à cœur ou simplement eu le sentiment que notre journée avait du sens.
Et puis il y en a d'autres, parfois objectivement beaucoup moins chargées, qui nous laissent complètement à plat.
Ça aussi, ça raconte quelque chose.
Parce que préserver son énergie ne consiste pas uniquement à mieux dormir ou à faire davantage de pauses. Il peut aussi être intéressant de regarder ce qui, dans notre quotidien, nous nourrit… et ce qui nous vide.
🧭 Apprendre à connaître son rythme plutôt qu'essayer d'adopter celui des autres
Il suffit de travailler quelques jours avec d'autres personnes pour s'en rendre compte : nous n'avons absolument pas tous le même rythme.
Certains sont capables de réfléchir à un problème complexe à 8h du matin alors que leur voisin cherche encore désespérément à comprendre comment fonctionne la machine à café. D'autres démarrent doucement et deviennent beaucoup plus efficaces dans l'après-midi.
Le sujet n'est donc pas de découvrir la routine parfaite qui fonctionnerait pour tout le monde (sinon, ça se saurait depuis longtemps) mais plutôt de commencer à observer la sienne.
Quelques questions à garder sous la main :
À quels moments de la journée est-ce que je réfléchis le mieux ?
Quand est-ce que ma concentration commence naturellement à baisser ?
Est-ce que certaines réunions me donnent de l'énergie alors que d'autres me la prennent complètement ?
Quelles tâches me demandent beaucoup plus d'effort que je ne le pensais ?
Est-ce que je récupère mieux seul quelques minutes ou en allant discuter avec quelqu'un ?
Est-ce que j'ai réellement besoin d'une pause… ou simplement de faire autre chose pendant un moment ?
Ça peut paraître assez basique dit comme ça, mais cette observation permet parfois de revoir très simplement certaines habitudes.
Évidemment, nous n'avons pas tous la liberté de réorganiser complètement nos journées selon nos envies, mais lorsqu'une petite marge de manœuvre existe, autant peut-être l'utiliser.
🔋 Et si on arrêtait de considérer les pauses comme quelque chose que l'on doit mériter ?
C'est assez amusant quand on y pense : lorsqu'un téléphone n'a plus que 5 % de batterie, personne ne lui demande de faire encore un petit effort jusqu'à 23h. On le branche.
Pour nous, bizarrement, la logique est parfois assez différente.
On attend d'avoir terminé ce dossier pour faire une pause, puis il y a un mail auquel il faut répondre, puis quelqu'un appelle, puis « tant que j'y suis, je vais juste finir ça »… et deux heures plus tard, on se rend compte qu'on n'a pas bougé de notre chaise.
Alors qu'une pause n'est pas nécessairement une interruption du travail. Elle peut justement faire partie de la manière dont on travaille.
Se lever quelques minutes, marcher, aller chercher de l'eau, changer d'environnement, regarder autre chose qu'un écran ou simplement laisser son attention souffler un peu peut permettre de revenir ensuite beaucoup plus disponible.
Et non, cela ne veut pas dire qu'il faudrait programmer une alarme toutes les 37 minutes pour effectuer religieusement sa « pause récupération »… sinon on retombe exactement dans ce que l'on essayait d'éviter.
Il s'agit plutôt de commencer à accepter une idée assez simple : nous ne sommes pas censés fonctionner à intensité constante toute la journée.
💛 Gérer son énergie… oui, mais pas pour réussir à en faire encore plus
C'est probablement là que la nuance est importante.
Parce que si l'objectif de la gestion de l'énergie consiste à découvrir comment récupérer plus vite pour pouvoir caser trois tâches supplémentaires dans la journée… on a peut-être légèrement raté le sujet.
Préserver son énergie peut parfois demander de mieux organiser certaines choses, mais cela peut aussi demander d'en enlever.
Dire non à quelque chose que l'on aurait accepté automatiquement
Déléguer lorsque c'est possible
Remettre du mouvement dans ses journées
Protéger davantage son sommeil
Accepter qu'une journée ne soit pas obligée d'être remplie jusqu'au dernier centimètre pour avoir été utile
Et puis, parfois, malgré toutes les bonnes habitudes du monde, la fatigue reste là.
Dans ce cas, il peut aussi être intéressant de regarder un peu plus loin que son organisation personnelle. Parce qu'on peut avoir le meilleur agenda, la meilleure alimentation et la meilleure routine du matin possible… si notre environnement professionnel nous demande constamment plus que ce que nous sommes capables de récupérer, le problème n'est peut-être plus notre capacité à « mieux gérer notre énergie ».
Il est peut-être dans ce que l'on nous demande d'en dépenser.
Et cette différence est importante, notamment parce qu'elle évite de faire porter toute la responsabilité sur la personne en lui expliquant qu'elle devrait simplement mieux dormir, mieux manger, mieux respirer ou mieux organiser ses journées.
✨ Finalement, et si on regardait nos journées autrement ?
Nous ne réussirons probablement jamais à fabriquer des journées de 30 heures (et, entre nous, je ne suis même pas certaine que ce soit une bonne nouvelle si quelqu'un y arrive un jour, parce qu'on trouverait certainement le moyen de les remplir aussi).
En revanche, on peut commencer à observer un peu plus attentivement la manière dont nous traversons celles que nous avons déjà.
Pas forcément pour devenir plus productif, plus performant ou encore mieux organisé… mais pour éviter d'arriver systématiquement au bout de la journée complètement vidé.
Parce que la performance durable n'est peut-être pas la capacité à réussir à faire toujours plus avec le même temps disponible. Elle pourrait être beaucoup plus simplement la capacité à continuer à avancer, travailler, réfléchir, créer, apprendre et avoir aussi une vie à côté… sans avoir besoin de s'épuiser pour y arriver.
Et finalement, plutôt que de regarder uniquement notre agenda en nous demandant « où est-ce que je peux encore faire rentrer ça ? », on pourrait peut-être commencer par une autre question :
« Est-ce que j'ai réellement l'énergie pour le faire… et si ce n'est pas le cas, qu'est-ce que ça raconte ? »
🫶🏻 À propos d'Aurélia Folliot
Aurélia Folliot accompagne les particuliers et les entreprises autour des questions de prévention, de santé globale, de connaissance de soi et d'équilibre professionnel. Son approche s'appuie notamment sur les neurosciences pour permettre à chacun de mieux comprendre son propre fonctionnement, plutôt que d'essayer d'appliquer des recettes toutes faites censées convenir à tout le monde.
L'objectif de ses accompagnements est notamment de pouvoir agir en amont, en identifiant ce qui soutient notre énergie mais aussi ce qui l'épuise progressivement, afin de réfléchir à des ajustements avant d'arriver à une situation où le corps ou le mental commencent sérieusement à tirer la sonnette d'alarme.
Elle propose également, avec Oui Smile Work, des bilans de compétences éligibles au CPF pour les personnes qui souhaitent prendre du recul sur leur parcours, mieux comprendre leurs besoins et réfléchir plus sereinement à une nouvelle étape professionnelle.
Aurélia Folliot, Oui Smile Work Prévention & santé mentale et globale Bilans de compétences • Neurosciences • Prévention en entreprise




